Chers Amis dans le Seigneur, méditer sur les textes que l’Église, notre Mère, nous propose ce dimanche est une grâce incroyable qui a pour but principal de revenir à ce que Dieu veut de son humanité, à ce que la Trinité Sainte propose à notre humanité se contentant de vivre dans un désordre inédit que la première lecture rappelle et appelle avec force. En lieu et place elle propose uniment la justice. La justice n’est-ce pas cette vertu sociale que mêmes les illustres philosophes ont proposé dans leur chef-d’œuvre ? Cette même lecture est formelle : « Par ton exemple tu as enseigné à ton peuple que le juste doit être humain ; à tes fils tu as donné une belle espérance : après la faute tu accordes la conversion. » Le livre de la Sagesse nous invite simplement à la sagesse, cette Sagesse peut se comprendre à partir de l’événement comme avènement du phénomène Jésus, ce Dieu qui se fait l’Un de nous en Lui, le Christ, le Seigneur, cet Homme singulier à vocation universelle. Il est le juste par excellence, parce qu’il nous ramène à son Père grâce à son amour incomparable, incommensurable et innommable. Il est incomparable parce qu’il n’a pu se comporter comme des petits chefs vivant dans l’injustice la plus hideuse ; mais il a montré que la grandeur de l’Homme, de tout vrai Homme se trouve dans l’humilité qui fait grandir et qui rapproche de Dieu. C’est cela que saint Joseph Calasanz a fait justement. Il a trouvé injuste que certains enfants soient en dehors de l’école et a proposé à notre humanité plusieurs cadeaux, dont les plus fondamentaux sont : l’éducation inclusive avec un système préventif comme manière de procéder.
Bien entendu, cette première lecture décrit la puissance de Dieu et la bonté de Dieu. Dieu est Tout-Puissant et en tant que tel il est très bon et sa bonté peut tout, parce qu’il pardonne et ramène à la conversion. C’est son amour incommensurable pour son peuple qui a fait que son Fils vienne à nous par le mystère de l’Incarnation, se faisant l’un de nous, il a souffert sa passion, il est mort et est ressuscité pour nous sauver. Puis il a voulu nous envoyer son Esprit Saint. Par ricochet, la deuxième lecture nous montre avec force le rôle indispensable de l’Esprit Saint. Cet Esprit, aujourd’hui, nous parle de la prière. Seul l’Esprit peut guider notre prière pour nous faire entrer dans le projet de Dieu. Le dernier verset m’intéresse particulièrement : « c’est selon Dieu que l’Esprit intercède pour les fidèles », dit Paul. Et, d’autre part, il « vient au secours de notre faiblesse, car nous ne savons pas prier comme il faut. » Qu’est-ce veut dire « prier comme il faut ?» Je pense que cette expression veut nous dire que c’est entrer dans la volonté de Dieu, « vouloir ce que Dieu veut » ; c’est contempler l’autre comme un ami, un frère et non comme un adversaire. C’est accepter l’autre en dépit de ce qu’il est parce qu’il est à l’image de « l’Autrement qu’être ou de l’Infini », c’est accepter et éduquer les enfants et les jeunes avec respect, protection, amour et attention avec le regard de Dieu. C’est, je crois aussi, devenir d’autres Calasanz en vivant simplement le Royaume dès ici-bas dans l’espérance de la vie éternelle. C’est aussi vivre simplement la fraternité comme amitié dans l’unité et le respect de nos différences. Mais aussi et surtout, vivre dans la solidarité, la justice, la bonté, la générosité, surtout envers les pauvres, les bien-aimés de Dieu. Il faut donc continuer, quoi qu’il arrive, à désirer de toutes nos forces la croissance du projet de Dieu. Et saint Joseph Calasanz a compris ce projet de Dieu, de son Royaume, à travers le merveilleux charisme des Écoles Pies.
L’Évangile de ce dimanche est un ensemble de quelques trois intéressantes paraboles. Il est une véritable pédagogie de Dieu pour mieux faire passer un message central : l’avènement du Royaume. Ces paraboles sont aussi une invitation à la patience et au respect du temps de Dieu, un temps qui nous échappe en grande partie et parfois provoque en nous frustration ou colère. Pourquoi Dieu ne fait-il rien contre le mal et la méchanceté qui règnent sur la terre ? Pourquoi Dieu tarde-t-il tant à établir un royaume de justice et de paix, où il n’y aura plus de souffrance, de larmes et de douleur ? Ce sont quelques questions que Calasanz semblait se poser lorsque son Ordre était réduit à une congrégation sans vœux, à cause de la méchanceté des hommes, des incompréhensions et des injustices.
Plus intéressant est que ce texte commence par un paradoxe : Jésus qui nous parle du ciel en prenant une image de la terre. Cette manière de procéder peut nous rassurer désormais que le royaume des cieux n’est pas au ciel, il n’est pas pour demain, il est sur terre et présent dès aujourd’hui parmi nous. L’avènement de ce royaume est bien le jour de la croix et de la mort du Christ. Ainsi, on peut comprendre que le grain tombé en terre, dont parle Jésus, c’est son propre corps, sa propre vie donnée pour nous ouvrir les portes du Royaume des cieux. Mais une question : pourquoi l’Évangile nous invite-t-il à veiller et à prier pour hâter l’avènement du Royaume ?
D’où la pédagogie de la croissance et de la maturation. Le temps de Dieu est un temps de patience personnelle et communautaire, de la maturation dans la patience. C’est un Royaume qui n’est pas visible parce qu’il est semblable, mieux, comparable à une graine infime et insignifiante sans visibilité aucune. Le temps du Royaume est le temps de la patience, de la maturation. Il se déploie petit à petit, comme la graine de moutarde, jusqu’à emplir la terre et le ciel. C’est un Royaume qui grandit de façon progressive parce qu’il a commencé avec le groupe de 12, aujourd’hui une grande Église avec ses faiblesses, ses mérites et ses défis. Mais il y a beaucoup d’ivraie, fort hélas, au milieu du bon grain : l’ivraie de nos haines, de nos jalousies, de nos manques de foi, de nos infidélités, de nos hypocrisies de nos guerres, de nos guerres, de nos violences, de nos duplicités dans nos divers engagements religieux ou marital, etc. La leçon de Jésus est lapidaire. Elle nous informe que le chrétien doit croire dans le sens positif de l’histoire. Il croit que le Royaume grandit jour après jour dans le cœur des hommes. Les chrétiens doivent pousser même au milieu de la mauvaise herbe, car nous sommes ensemble mais pas mélangés avec ce qui est mauvais, car fils et filles de Dieu. Et cette expérience a été déterminante pour Calasanz lorsqu’il souffrit le martyr du mensonge, de la jalousie et de la trahison par quelques-uns de ses fils.
Il nous suffit, en ce jour qui tient sa raison de Dieu Lui-même, de travailler l’Esprit et notre capacité de croire, car nous sommes faibles et incapables de tenir devant les soubresauts et les opprobres de notre vie. Demandons à Dieu de nous guider à être forts dans la construction du Royaume de justice, de paix, d’amour, de l’éducation pour tous, de l’égalité de chance. Certes, la faiblesse de notre foi dans la construction du Royaume est grande. Mais saint Paul nous rassure : l’Esprit vient au secours de notre faiblesse. C’est l’Esprit de Dieu qui est à l’œuvre dans notre monde, qui donne l’eau du baptême, l’évidence de la résurrection, la terre de la Bonne Nouvelle et des Écritures, pour que le Royaume croisse et se multiplie. Le Royaume a besoin de notre être, de notre fidélité identitaire piariste, calasanctienne, de notre authenticité en remettant le Christ au centre, tout en évitant « les centres qui décentrent » (Père Pedro Aguado). Le Christ est cet unique centre de référence à partir duquel notre vie peut s’amuser avec joie à construire le Royaume aujourd’hui et pour toujours.
Thomas-Placide MANDONA, Sch.P.
23 juillet 2023 | XVI Dimanche du Temps Ordinaire
Mt 13, 24-43: Laissez-les pousser ensemble jusqu’à la moisson
En ce temps-là, Jésus proposa cette parabole à la foule : « Le royaume des Cieux est comparable à un homme qui a semé du bon grain dans son champ. Or, pendant que les gens dormaient, son ennemi survint ; il sema de l’ivraie au milieu du blé et s’en alla. Quand la tige poussa et produisit l’épi, alors l’ivraie apparut aussi.
Les serviteurs du maître vinrent lui dire : ‘Seigneur, n’est-ce pas du bon grain que tu as semé dans ton champ ? D’où vient donc qu’il y a de l’ivraie ?’
Il leur dit : ‘C’est un ennemi qui a fait cela.’
Les serviteurs lui disent : ‘Veux-tu donc que nous allions l’enlever ?’
Il répond : ‘Non, en enlevant l’ivraie, vous risquez d’arracher le blé en même temps. Laissez-les pousser ensemble jusqu’à la moisson ; et, au temps de la moisson, je dirai aux moissonneurs : Enlevez d’abord l’ivraie, liez-la en bottes pour la brûler ; quant au blé, ramassez-le pour le rentrer dans mon grenier.’ »
Il leur proposa une autre parabole : « Le royaume des Cieux est comparable à une graine de moutarde qu’un homme a prise et qu’il a semée dans son champ. C’est la plus petite de toutes les semences, mais, quand elle a poussé, elle dépasse les autres plantes potagères et devient un arbre, si bien que les oiseaux du ciel viennent et font leurs nids dans ses branches. »
Il leur dit une autre parabole : « Le royaume des Cieux est comparable au levain qu’une femme a pris et qu’elle a enfoui dans trois mesures de farine, jusqu’à ce que toute la pâte ait levé. »
Tout cela, Jésus le dit aux foules en paraboles, et il ne leur disait rien sans parabole, accomplissant ainsi la parole du prophète : J’ouvrirai la bouche pour des paraboles, je publierai ce qui fut caché depuis la fondation du monde.
Alors, laissant les foules, il vint à la maison. Ses disciples s’approchèrent et lui dirent : « Explique-nous clairement la parabole de l’ivraie dans le champ. »
Il leur répondit : « Celui qui sème le bon grain, c’est le Fils de l’homme ; le champ, c’est le monde ; le bon grain, ce sont les fils du Royaume ;
l’ivraie, ce sont les fils du Mauvais. L’ennemi qui l’a semée, c’est le diable ; la moisson, c’est la fin du monde ; les moissonneurs, ce sont les anges.
De même que l’on enlève l’ivraie pour la jeter au feu, ainsi en sera-t-il à la fin du monde.
Le Fils de l’homme enverra ses anges, et ils enlèveront de son Royaume toutes les causes de chute et ceux qui font le mal ; ils les jetteront dans la fournaise : là, il y aura des pleurs et des grincements de dents.
Alors les justes resplendiront comme le soleil dans le royaume de leur Père.
Celui qui a des oreilles, qu’il entende ! »
– Acclamons la Parole de Dieu.

THOMAS PLACIDE MANDONA MUKWENDA
Piariste
Thomas-Placide MANDONA est Piariste de la Province de l’Afrique de l’Ouest, écrivain, professeur de philosophie politique et morale et préfet des études du lycée des Écoles Pies de Thiaroye/ Dakar.